Publié le 11/08/2016

Les agro-matériaux en Sud Touraine

En 2013, les quatre Communautés du Sud Touraine travaillent dans le cadre d’un projet « ID en campagne », avec la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire sur des produits agricoles locaux susceptibles d’être employés dans le bâtiment et en filière courte. Sur notre territoire, le colza et le tournesol sont apparus comme des ressources potentielles.
En 2014, le Groupement de Développpement Agricole (GDA) de Loches-Montrésor, obtient un soutien dans le cadre d’un appel à projet CASDAR pour l’agro-écologie « Opération Soleil » organisé par le Ministère de l’Agriculture. Ce financement permet à une trentaine d’agriculteurs du Sud Touraine de valoriser localement des pailles de tournesol en agro matériau. Ils diversifient de la sorte leurs assolements et respectent l’environnement tout en maintenant la performance économique de leurs exploitations. Ce soutien a permis de financer des méthodes de collecte et de transformation des cannes mais aussi des premiers travaux de recherche, avec l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, sur la caractérisation des broyats de tournesol et d’un béton chaux-tournesol.

Le GDA Loches-Montrésor a été le premier groupement d’agriculteurs en France
à s’investir sur la valorisation de la canne de tournesol.

Les réflexions portées sur le tournesol s’étende aujourd’hui à d’autres sous-produits agricoles dont la canne de colza. Fort de cette première expérience, le GDA a depuis rejoint un consortium autour du groupe international Parex SA pour développer des enduits isolants innovants. 

Les travaux de recherche « Biocomp » 

En juillet 2013, Mohan Ranganathan, professeur au Laboratoire de Mécanique et Rhéologie (LMR) de l’Université de Tours s’intéresse aux premières démarches initiées en Sud Touraine autour de la filière écoconstruction. Il entre en relation avec une entreprise locale, l’EURL Eric Julien spécialisée dans la maçonnerie en matériaux naturels et sains. Ils veulent travailler ensemble sur la conception d’un matériau composite naturel pour l’isolation des bâtiments. 

En décembre 2013, la Communauté de communes Loches Développement, la EURL Eric Julien et le LMR répondent à un appel à projet de recherche d’intérêt régional. En juin 2014, le Conseil Régional Centre-Val de Loire accorde au LMR 200 000 € de subventions pour des travaux de recherche sur la conception d’un enduit intérieur isolant à base d’argile et de granulats végétaux locaux. Cela se concrétise par l’embauche d’un étudiant doctorant, Yoann Brouard, dès janvier 2015. 
L’étude porte sur la conception d’un « bon enduit » mais aussi sur sa mécanisation ou comment le rendre aisément applicable par les artisans. Ses travaux devront permettre de créer un produit optimisé en termes de gestion de l’humidité, de résistance mécanique et thermique et des effets acoustiques. Ce travail de recherche, qui fait l’objet de publications, s’achèvera en décembre 2017. 

Cette relation entre une petite entreprise artisanale, une université
et une collectivité territoriale est particulièrement remarquable.

Elle pourrait permettre, à terme, la création d’une unité de transformation de matériaux isolants. Plus globalement, la démarche Biocomp s’inscrit totalement dans la reconnaissance en juillet 2015 du Sud Touraine comme « Territoire à Énergie Positive pour la Croissance Verte ». Dans le cadre de ce projet Biocomp, un chantier expérimental est mené au presbytère de Chédigny, bâtiment communal, qui a vocation à accueillir du public autour de la biodiversité et des jardins. L’isolation du rez-de-chaussée est ainsi entièrement réalisée avec un enduit argile/granulats de colza.